La Commission scolaire de l'Énergie est préoccupée par la situation socioéconomique de la région et les impacts auprès de la clientèle scolaire. Pour Denis Morin, directeur-conseil en entrepreneuriat à la commission scolaire, le développement de la culture entrepreneuriale constitue une voie pour préparer la relève et faire notre part dans le repositionnement régional. Ce volet a été inclus dans notre plan stratégique et tous nos établissements emboiteront le pas dans les années à venir. Dès le primaire, on peut valoriser le développement des qualités entrepreneuriales et inscrire les projets des élèves sur des besoins de la communauté. Voici le commentaire que nous a fait parvenir M. Morin sur le sujet.
Administré auprès de 17 192 répondants dont 10 665 dans la belle province, les résultats démontrent qu’au Québec, nous avons en proportion deux fois moins de propriétaires d’entreprises qu’ailleurs au Canada, que la période de démarrage de nos entreprises est plus longue que dans le reste du pays et qu’une fois créées, nos entreprises durent moins longtemps.
Le sondage révèle aussi un portrait-robot de notre entrepreneur le définissant comme généralement inexpérimenté. On note aussi que la culture québécoise est un frein au développement de l’entrepreneuriat. Dorénavant, le Québec est la dernière région au Canada en ce qui concerne l’indice entrepreneurial. Ces résultats sont loin d’être encourageants alors que nous débutons la traversée d’une crise économique importante sans compter les effets qu’ont chez nous les économies émergentes qui inondent maintenant nos marchés de leurs produits de consommation.
Comment le Québec est-il en mesure d’affronter les défis qui se présentent? Et comment la Mauricie, région ressource parmi d’autres, tirera-t-elle son épingle du jeu dans ce contexte difficile? Nos travailleurs sont-ils prêts à affronter toutes les éventualités? Nathaly Riverin, vice-présidente recherche, vigie et développement à la Fondation de l’entrepreneurship déclarait lors de l’annonce des résultats du sondage à Montréal le 18 février: «Alors que nous voyons la majorité des efforts et investissements s’effectuer dans la structure des entreprises (financement, opérations, etc.), le développement de la personne est quant à lui laissé pour compte. L’entrepreneurship n’est pas une science infuse et trop peu d’efforts sont déployés pour récupérer l’expérience de nos entrepreneurs actuels afin de la réinvestir dans nos entrepreneurs de demain. Promouvoir nos bons coups, démystifier le « métier », créer une synergie de tous les leaders d’une région a pourtant un impact positif réel sur l’entrepreneuriat. On voit s’arrimer certaines stratégies gouvernementales en ce sens qui donnent espoir, notamment au niveau de la jeunesse.»
La Commission scolaire de l’Énergie s’est récemment donné un nouveau plan stratégique qui appelle tous ses établissements à intensifier les efforts visant la réussite des élèves et leur insertion socioprofessionnelle. Elle place le développement de la culture entrepreneuriale et des attitudes entrepreneuriales des jeunes comme moyens de réussite, d’épanouissement et d’intégration. Les actions se mettent en place dans nos écoles et progressivement, on verra les résultats de nos efforts sur le goût d’entreprendre de nos élèves. Nous parions qu’avec la complicité de nos personnels, notamment de nos quelque 800 enseignants, nous amèneront nos élèves, du préscolaire à la fin du secondaire, à mener à terme des projets axés sur la réalisation de soi, l’actualisation de leur potentiel et l’ouverture sur les réalités du monde du travail, des métiers et des professions. À coup sûr, cela aura évidemment un effet positif sur notre trop haut taux de décrochage.
Pourtant, ces efforts de la commission scolaire ne seront pas suffisants pour renverser la tendance en Mauricie. Il nous faut changer nos manières de nous comporter et passer de la mentalité de la boîte à lunch à celle de l’esprit d’entreprise. Ce nouveau paradigme ne peut s’installer uniquement avec l’engagement de l’école. Même si nos ordres d’enseignement, du primaire à l’université, s’arrimaient autour d’un défi de l’entrepreneuriat jeunesse, il resterait un chainon manquant, celui qui permet de mobiliser toute la société civile.
Le concept de communauté entrepreneuriale doit être exploré par nos élus, nos acteurs socio-économiques, nos partenaires du milieu communautaire et ceux du milieu scolaire. Des modèles inspirants peuvent être observés, celui de Rivière-du-Loup entre autres, qui connaît depuis quelques années une vitalisation extraordinaire. Son comité sur la culture entrepreneuriale regroupe tous les acteurs. Avec l’appui des médias, la population s’est mobilisée : 25 comités, 15 organismes socio-économiques, 75 organismes de sports et de loisir. Les permis de construction sont passés de 16M$ en 2000 à 38M$ en 2008.
Rivière-du-Loup est 9e au Canada pour la concentration des PME. Et le modèle fait des petits ! La Table sur la culture entrepreneuriale de Sherbrooke a été mise sur pied en 2004. Le plan d’action est en place autour de l’information, de la promotion et de la formation à l’entrepreneuriat. L’Abitibi-Témiscamingue se lance aussi dans l’aventure entrepreneuriale avec le leadership de la Conférence régionale des élus. Idem pour le Saguenay-Lac St-Jean qui, avec la décroissance démographique, la crise du bois d’œuvre et les fermetures récentes d’usines, vient de mettre sur pied une stratégie régionale réunissant une trentaine d’organisations dont celle de l’éducation, convaincues des bienfaits du développement de la culture entrepreneuriale sur l’avenir des Bleuets.
Qu’attend la Mauricie pour emboîter le pas? Les données du Pacte de l’emploi du gouvernement du Québec ont pourtant tout pour nous convaincre d’agir. La Mauricie, avec son taux de 0,6% de création d’emplois, traîne de la patte par rapport à la moyenne québécoise de 1,2%. Et, selon le sondage précédemment cité, quand on crée des entreprises et qu’on génère des emplois au Québec et conséquemment en Mauricie, ils survivent moins longtemps que dans le reste du Canada et nos entrepreneurs s’estiment moins capables et compétents que ceux ailleurs au pays.
L’esprit d’entreprendre à l’école et l’esprit d’entreprise en prévision du marché du travail doivent devenir les clés de succès d’un projet collectif que nous devons développer. Pour cela, il nous faut des élus aussi stimulants que le maire de Rivière-du-Loup Michel Morin, des gens d’affaires engagés, des organismes socioéconomiques qui favoriseront la convergence, des leaders de la communauté qui mobilisent leurs gens et, en amont de ce virage entrepreneurial, un appui sans équivoque des écoles primaires et secondaires, de la formation générale et professionnelle, des collèges et de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Le pouvoir d’une vision associée à des actions ciblées peut changer le cours des choses et démontrer à nos jeunes et nos familles que l’avenir n’est pas meilleur ailleurs qu’ici, en Mauricie.
Denis Morin, Directeur-conseil en entrepreneuriat, Commission scolaire de l’Énergie