«L’école joue un rôle fondamental dans le dynamisme et le développement social, culturel et économique des collectivités rurales» (Mémoire, Groupe de travail sur le maintien de l’école de village, 2003)
Le résultat aurait pour conséquence de fermer de façon permanente plusieurs maternelles des écoles des villages du territoire de Mékinac pour les regrouper à Saint-Tite et à Sainte-Thècle.
Même si ça ne fait pas partie des plans présents, à plus ou moins court terme, l’étape future pourrait être de rassembler les élèves de même niveau d’une région dans des écoles de cycle. Pendant que des autobus scolaires circuleraient dans tous les sens, l’école de village serait ainsi totalement transformée pour céder la place à des édifices scolaires ayant perdu leur identité locale pour adopter une vocation régionale.
Est-ce vraiment le choix de société des populations et des intervenants concernés? Les formules qui fonctionnent bien en ville ne sont pas nécessairement souhaitables dans les milieux ruraux. Même si les administrateurs justifient leurs visions en s’appuyant sur certains principes pédagogiques, les parents et les enseignants savent bien que les théories et les réalités sont souvent très différentes.
Les longs trajets d’autobus dans une atmosphère souvent turbulente sont loin d’être rassurants pour les parents des jeunes enfants de la maternelle qui font leurs premiers pas dans la vie. De plus, leurs enfants devront désormais consommer leur lunch dans un lieu bruyant plutôt qu’un bon repas chaud dans une atmosphère familiale. La distance physique entre les parents et les enfants risque d’être aussi déstabilisante pour les uns que pour les autres. L’effet pourrait ébranler l’essence même du tissu social, le sentiment d’encadrement de l’enfant et l’élan participatif de la communauté locale. L’enfant a pourtant bien besoin de ressentir les liens étroits qui unissent ses parents et les enseignants. Les longs trajets d’autobus et les classes remplies au maximum ajoutés aux séquelles du déracinement pourraient avoir pour conséquence de voir revenir dans leur localité «certains enfants» de première année traînant très longtemps des problèmes de comportement. Même l’esprit global des petites écoles, qui est présentement tellement agréable aux dires des suppléants de passage, pourrait à long terme être négativement transformé. Est-il souhaitable de vouloir à tout prix uniformiser alors que les écoles de village réussissent si bien à socialiser leurs élèves et à créer un climat où il n’existe à peu près pas de problèmes de comportement?
Y a-t-il vraiment des avantages à couper quelques postes d’enseignants pour investir entre autres dans des frais supplémentaires de transport et d’ajouts de services de garde pour les repas?
La Commission scolaire nous dit que les coupures sont inévitables et justifie son choix en montrant du doigt un déficit de 2 millions et demi sur un budget de plus de 120 millions. Pour mieux comprendre, nous pourrions comparer ce manque à gagner avec l’exemple d’une famille qui aurait un revenu net après impôt de 40,000 dollars et qui aurait à la fin de l’année une dette totale de 800 dollars. Aurait-elle comme réaction de dire qu’il faut absolument vendre une partie des meubles?
Les administrateurs soutiennent également qu’ils doivent redistribuer équitablement les ressources financières. L’action d’uniformiser les ratios d’élèves avec ceux des milieux urbains n’est pas une formule plus équitable. Les milieux ruraux sont au départ très désavantagés en ce qui concerne les activités culturelles et sportives qu’ils peuvent offrir aux enfants. Il serait néfaste de couper encore plus dans les services de ces communautés qui ont déjà perdu beaucoup au fil des années. L’école elle-même reçoit moins de services en étant privée d’une direction et d’un service de secrétariat durant une grande partie de la semaine et le personnel enseignant réduit au minimum doit se partager les nombreuses tâches connexes.
Les intervenants de chaque milieu scolaire seraient sages
de refuser toutes les propositions actuelles de la Commission scolaire qui visent une transformation permanente des structures de nos écoles de village. Il doit exister d’autres façons de couper dans les dépenses sans réduire l’attrait que peut exercer un territoire sur les nouveaux arrivants, sans handicaper davantage les résidents des petits villages qui sont déjà très pauvres en services de toutes sortes, sans transformer la dynamique des rôles de l’école dans le milieu. Il serait prudent d’accepter seulement des changements temporaires dans les écoles où c’est vraiment inévitable et selon des critères ruraux jusqu’à ce qu’une véritable concertation des intervenants ait eu lieu.
La société se doit d’investir davantage pour revitaliser ses régions. Les milieux ruraux ajoutent une contribution différente et créative grâce aux valeurs humaines qui les caractérisent et l’attachement à leur école de village comme noyau de vie en fait partie.
<@Rb>- Claude Rochon, ex-enseignant
Lac-aux-Sables <@$p>