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Julie Robitaille: la vie continue

Julie Robitaille: la vie continue

Julie Robitaille: la vie continue

Bernard Lepage
Publié le 1 Septembre 2009
Publié le 27 Janvier 2010
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Le 10 septembre est la Journée mondiale de la prévention du suicide

En apparence, Julie Robitaille incarne la réussite. À force de persévérance et de talent, elle a bâti une école de Power Skating fréquentée par de nombreux hockeyeurs professionnels. Côtoyer ces jeunes millionnaires, voir sa photo dans les journaux, faire son nom dans un monde d’hommes: Julie avait tout pour réussir dans la vie…

Sujets :
Centre Prévention Suicide , Centre de prévention , Shawinigan

Pourtant, la jeune femme vit depuis maintenant bientôt six ans avec un mal dont elle ne se départira plus jamais de son propre aveu: le deuil de son père mort à 65 ans le 30 décembre 2003 à la suite d’un suicide.

Cette façon de partir demeure un sujet tabou pour beaucoup d’endeuillés rongés par des sentiments de culpabilité et d’incompréhension. Julie Robitaille n’a jamais caché à son entourage la circonstance de la mort de son père dont elle était très proche mais elle a franchi une étape déterminante le printemps dernier lorsqu’elle a accepté la présidence d’honneur du 25e anniversaire d’existence du Centre Prévention Suicide (CPS) du Centre-de-la-Mauricie/Mékinac et de la campagne de financement qui a permis d’amasser 15 000$. «C’est en en parlant qu’on arrive à guérir», témoigne Julie qui réussit maintenant à évoquer ses dernières années sans s’interrompre. «J’arrive aujourd’hui à dédramatiser mais je sais aussi que c’est quelque chose en dedans de moi qui ne partira jamais.»

En fait, la femme d’affaires a été confrontée durant sa période de deuil à faire un choix: grandir ou mourir à son tour. «Ce n’est jamais facile de voir partir un parent ou un enfant mais c’est encore plus difficile de passer au travers lorsque c’est par un suicide que ça survient.»

Cancer de l'âme

Mourir, elle l’a voulu sans le vouloir vraiment durant les périodes où elle était totalement anéantie par les remords et la peine. «Quelques semaines avant son suicide, je sentais qu’il était en détresse. Il m’a même donné des signes comme par exemple lorsqu’il m’a dit qu’il ne verrait pas le Nouvel An. C’est après le suicide que ces conversations nous reviennent à l’esprit et que tout devient clair. C’est pour ça aussi qu’on ressent de la culpabilité.»

Julie a bien essayé les premières années de s’en sortir par elle-même mais au bout d’une certaine période s’apparentant à une dépression, elle a senti qu’elle devait faire appel à de l’aide extérieur pour y arriver. «Mon travail a été bouée de sauvetage au début. Je me suis lancée là-dedans parce que ma réussite professionnelle était gratifiante mais en fait, je ne faisais que retarder le moment où je devrais faire face à la situation.»

Au fil du temps, la douleur devient un cancer de l’âme, une tumeur maligne envahissante et insidieuse dont on s’habitue à la présence. «Il est venu un temps où je n’étais plus capable d’endurer ça. Il n’était pas question que je reste avec ce malheur là.»

Sa rédemption a nécessité des rencontres avec des professionnels mais c’est particulièrement lorsqu’elle a eu recours aux services – rencontres individuelles ou de groupe - du Centre de prévention suicide de Shawinigan qu’elle a commencé à voir la lumière au bout du tunnel. «C’est difficile d’en parler mais c’est par là que la guérison commence. On découvre que la personne à côté de nous est confrontée aux mêmes émotions. Et puis graduellement, on apprend à vivre avec la peine mais on ne l’oublie pas. On ne l’oublie jamais en fait mais on retrouve une certaine paix intérieure et reprend le contrôle de sa vie.»

En fait, l’expérience de la mort de son père apprivoisée, Julie Robitaille pose aujourd’hui un regard éclairé sur sa vie d’adulte: «L’important maintenant pour moi et pour ma famille, c’est de réussir ma vie plutôt que dans la vie. C’est dans l’adversité qu’on grandit», reconnaît-elle.

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