Par exemple, je pouvais sans problème faire de moi un Je-Sais-Tout avec le Relais pour la vie qui se tient au Parc de la rivière Grand-Mère. Vous me demandiez l'objet de la cause défendue (le cancer), à quel moment se tient-il (dernier weekend de mai), quelles sommes ont été recueillies (140 000$), le nombre d'équipes participantes (53), le nombre d'éditions (4e): je défilais l'information sans broncher, comme un chien savant à Génies en herbe.
Mais au bout du compte, qui peut prétendre savoir ou connaître s'il ne se frotte pas à l'objet de son propos? J'ai donc été marché quelques tours sur le bord de la rivière Grand-Mère samedi dernier.
Impressionnant de s'immerger dans cette ambiance et émouvant de longer ce chapelet de luminaires à la tombée du jour. J'ai l'impression aujourd'hui d'en savoir un peu plus, d'en connaître davantage sur le Relais même si mon petit deux heures est bien mince en comparaison avec ceux et celles qui ont veillé et marché toute la nuit.
Vrai que le cancer touche tout le monde. Moi, c'est une sœur qui a été fauchée. Et il n'y a pas d'âge. Tout au long de son passage au primaire, ma fille a côtoyé dans sa classe une jeune élève qui combat un cancer.
Ces derniers mois, son état a nécessité qu'elle s'absente de longues périodes de l'école pour aller subir des traitements à l'Hôpital Sainte-Justine. Son professeure se rend chez elle périodiquement pour l'aider dans ses études.
De temps à autre, quand elle reprend des forces, Audrey revient voir ses amies. Elle s'ennuie de l'école. Ça remet des perspectives en place pour ses petites copines qui font la baboune parce qu'elles ne voient pas venir la fin de leurs interminables devoirs et leçons.
«Moi, je ne serais pas capable de lutter comme elle», me racontait l'autre jour ma fille en parlant de son amie. Difficile à dire. En fait, c'est un peu comme moi qui connaissait tout du Relais pour la vie… sans vraiment le connaître. Cette arrogante maladie peut vous faire surgir des forces insoupçonnées comme elle peut aussi vous saper celles qui vous restent.
À mesure que j'accumulais les tours dans le parc, j'ai compris pourquoi les téléthons n'ont plus la popularité d'antan. Des événements comme le Relais pour la vie sont de plus en plus populaires parce qu'ils donnent l'occasion aux gens de s'approprier la cause beaucoup plus que ne le permet la signature d'un chèque pour supporter la même cause.
C'est pourquoi on voit tant de gens aujourd'hui recueillir des fonds en se faisant raser la tête, en parcourant des distances à pied ou à vélo, etc.
Ça, c'était les colombes.
Pour les vautours, je serai bref. Le Relais pour la vie est un événement qui suscite beaucoup d'émotions. Quelques-uns des participants ce soir-là combattent le cancer, sont en rémission ou l'ont vaincu; d'autres vivent avec le souvenir de proches qui ont perdu leur combat. Alors oui, il y a des gens vulnérables à Grand-Mère ce soir-là.
Dans ce contexte, je ne saurais qualifié ceux qui ont glissé en cette froide soirée de samedi, sous les essuies-glaces des centaines de voitures stationnées aux abords du parc, des pamphlets vantant les services d'une compagnie d'assurance-vie.
Comment les qualifier? Vautour est le mot qui me vient à l'esprit spontanément. Rien à voir avec les colombes défilant quelques centaines de mètres plus bas…
- COMMENTAIRE - Les colombes et les vautours
En tant que journaliste, il arrive souvent qu'on croit connaître par cœur des événements ou des personnalités sans y avoir participés, sans les avoir rencontrés. Tous des petits Jos Connaissant en puissance.
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