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Chirurgien de nos forêts

André Perreault par André Perreault
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Article mis en ligne le 14 juin 2007 à 10:21
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Chirurgien de nos forêts
Sans presque laisser de trace au sol, des machines de plus en plus performantes et miniaturisées permettent au bûcheron contemporain Gaétan Duchemin, géant de 6 pieds 4 pouces et 266 livres, d’accomplir les tâches les plus délicates que sa profession requiert avec la précision d’un chirurgien dans terre pour que notre richesse collective, la forêt, ait toujours belle gueule. Photo L'Hebdo
Chirurgien de nos forêts
Abattre un arbre sans discernement, c’est s’attaquer avec maladresse aux produits d’une forêt qui nous est essentielle en Mauricie. La complexité de ses dérivés nous concerne tous. Poumon de la planète, la forêt est l’oxygène financier du Mauricien.
Quelle riche et belle entrevue de plus de trois heures en compagnie du chirurgien forestier, le géant d’Hérouxville, Gaétan Duchemin, entrepreneur forestier accrédité SPBM, pour qui aucun accommodement puisse être jugé raisonnable envers quiconque manque de respect à l’endroit de cette ressource naturelle qu’est l’arbre et son milieu.

D’un ton avisé, ce père de deux jeunes enfants, Sharlène et Alexis, m’a fait prendre conscience du portrait de famille des utilisateurs de celle-ci: «les territoires indiens et leur population, les villégiateurs privés en forêt publique, les pourvoiries, les réserves fauniques, les Zecs, les pêcheurs, les chasseurs, les trappeurs, l’industrie forestière de transformation, les scieries, le récréotourisme en forêt. Suis-je suffisamment convaincant », devait-il m’interpeller joyeusement?… «Des milliers d’emplois en dépendent dont le sien», devait renchérir sa toute mignonne épouse Céline Ayotte, ergothérapeute de profession, sa plus fidèle complice d’affaire. «Notre attachement à la forêt ne doit pas se traduire que par des mots, mais davantage par nos actions quotidiennes», dira le couple Ayotte-Duchemin pour qui l’équité du partage, le reboisement, la repousse et l’aménagement sont des ingrédients de survie autant pour les habitants mauriciens que pour leur habitat environnemental.

Avec compétence, subtilité et poésie, se faisant l’écho de la branche au vent, Gaétan me révèle qu’un arbre dans la forêt diffère d’un arbre dans un parc et que les graines de semis sont les vraies fondatrices de la forêt. «Le reboisement est l’acte premier de la régénération de la forêt, il assure la capacité de l’aménagement forestier durable essentiel aux générations futures», de m’avouer celui qui se doit de réinventer les scénarios de son gagne-pain quotidien comme bûcheron de la modernité.
L'homme anti routine
Le bon exploitant forestier doit répudier les coupes à blanc au profit des coupes sélectives, pratiquer intensément le reboisement, favoriser la repousse par l’émondage et l’éclaircie commerciale.
Pour Gaétan, faire "Duchemin" en forêt, c’est pratiquer tour à tour et souvent simultanément les coupes du bois d’œuvre, du bois de chauffage, du bois de déroulage, du bois à la pesée. La coupe privée et le travail de sous-traitance sont d’autres outils qu’il manie de main de maître. Pour garantir son emploi, il achète des coupes de bois, mais également des terres à bois. «Un être humain sans travail est aussi déchirant à voir qu’un arbre auquel on a enlevé l’écorce», commentera le géant au cœur d’or.

Il sait que l’amour est l’arbre de la vie et que sa foi en est la sève. Gaétan Duchemin m’a servi une si mielleuse leçon à deux volets que je m’empresse de vous communiquer en mes mots. D’une part, l’homme devient un arbre robuste non pas en demandant à ses congénères arbustifs de ne pas prendre leur part de soleil mais bien en sortant une tige du sol qui attire le soleil vers elle. D’autre part, on reconnaît la valeur protectrice du feuillage d’un arbre le jour où on l’abat, de renchérir le poète de la feuille.
De l'humour à l'écurie
C’est l’épouse du géant d’Hérouxville, Céline Ayotte qui d’un humour hilarant nous a fait la preuve de ce que pouvait être un accommodement raisonnable. «Voyez nos deux beaux chevaux, l’un arabe, l’autre canadien, ils ont chacun une stalle de même dimension bien qu’ils soient de gabarit différent. Ils sont la fierté de notre écurie pour la divergence de leur crinière. Cessons d’être à cheval sur les principes, évitons de monter sur ses grands chevaux. Le respect et la paix doivent être notre cheval de bataille», conclura-t-elle dans un sourire de sagacité et de loyauté provençale.

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