Je me retrouve sur votre table de cuisine sans y être vraiment. Médias Transcontinental, propriétaire de L’Hebdo, m’a demandé d’effectuer un remplacement d’un an dans l’Ouest de Montréal. J’y suis depuis lundi. Hérouxville s’est faufilé dans mes bagages et se déforme, observé à travers le prisme du «West Island».
Je quitte donc un pays blanc, francophone, catholique-qui-ne-va-pas-à-la-messe mur à mur, pour qui les minorités ethniques sont au mieux une vue de l’esprit. Les audiences de la commission Bouchard-Taylor s’amorcent lundi à Montréal et mes collègues anglophones les attendent avec appétit. D’entrée de jeu, ils me préviennent que la réalité des anglos de Pierrefonds et Dollard-des-Ormaux est bien différente de celle de Westmount et de NDG. Ah bon…
Je ne sais pas trop si je dois leur mentionner que Hérouxville faisait partie de mon territoire, via L’Hebdo Mékinac/Des Chenaux. Tant pis, faut s’assumer, pas s’assommer comme disait Plume. Je leur rappelle que ce n’était qu’une question de temps avant que l’abcès des accommodements ne soit crevé et que c’est presque par accident que ce soit à Hérouxville que l’aiguille s’est enfoncée.
J’ai longuement réfléchi au commentaire percutant de ma collègue Toula Foscolos, du
West-End Chronicle, dont les bureaux sont à Westmount, en plein cœur des Nations-Unies.
Elle rappelle que Mario Dumont, sentant l’intolérance ambiante, a décidé de sauter dans le train en marche. Puis, Pauline Marois s’est faite forte d’ajouter un peu de panique avec son projet de citoyenneté québécoise pendant les travaux de la Commission.
Devant le souhait des Québécois de souche de voir un politicien mettre un peu d’ordre dans la cabane, Jean Charest, soutient-elle, a fait honneur à une vieille tradition politique canadienne: faire semblant de se mettre en action en ne faisant strictement rien.
Toula a raison. À quoi sert la Commission, sinon de thérapie collective à une société laïcisée, en pleine transformation, à la recherche de ses points de repère? À quoi servira le rapport des travaux? À édicter une loi musclée? Et à propos de quoi au juste?
Tout ce débat, utile aux Québécois de souche se rappelant le «bon vieux temps», poursuit ma collègue, déborde maintenant sur le vieux débat anglais-français avec à la clé son lot d’extrémistes.
«Pendant que les politiciens essaient de nous faire peur», écrit-elle encore, «une étonnante majorité de Québécois coexiste en paix. Mes meilleurs amis sont de toutes les races, toutes les couleurs et religions imaginables. Et depuis bon nombre d’années, nous débattons, rions, célébrons les anniversaires, pleurons nos pertes en nous aimant. Notre origine culturelle et notre religion ne sont jamais venues sur le tapis.»
À Shawinigan non plus, tant qu’à y être…
On peut lire la chronique de Toula sur le site Internet du
West-End Chronicle, à l’adresse
www.westendchronicle.com à l’onglet «columns».