KoKo Martel à Cuba.
Personne à mobilité restreinte: «Cessez de rêver… voyagez!»
Par KoKo Martel
Voyager avec une mobilité restreinte? Mais pourquoi pas! Je fais partie de cette clientèle. Pendant des décennies, je n’ai cessé de rêver à de grandes aventures, tout autour de notre mystérieuse et grandiose planète.
Déjà, toute petite, je m’imaginais, exploratrice dans la jungle australienne, armée d’un seul filet à papillons, volcanologue à Hawaii, bravant le magma et les coulées de lave dévastatrices, paléontologue en Égypte, fouillant soigneusement les pourtours des énigmatiques pyramides millénaires, parachutiste en Amérique du Sud, équipée de mon volumineux appareil-photo, bercée par le vent, descendant vers les îles Galápagos et sa faune unique au monde…
Mon imagination débordante exaltait mes sens et les images projetées à la télé ne faisaient qu'accroître mon engouement pour les pays étrangers. Mais ce qui a, par-dessus tout, éveillé mon goût de l’exploration ce sont… les captivants récits de voyages de ma mère. J’étais encore toute jeune enfant lorsqu’elle a eu la chance de visiter les vieux pays d’Europe, mais je m’en souviens très bien. Ses nombreuses photographies ne m’en révélaient jamais suffisamment; j’aurais voulu cligner les yeux et pénétrer dans l’image pour explorer tout ce qu’il y avait encore à voir.
J’étais hyperactive, et personne n’aurait jamais cru que je sois un jour stoppée par la maladie qui, inexorablement, progressait dans mon petit corps de fillette de 6 ans sautillante et pleine de vie. Lorsque la dystrophie musculaire m’a coincée dans un fauteuil roulant motorisé, à l’adolescence, j’ai vraiment cru à la fin prématurée de mon périple autour du monde.
Il y a une douzaine d’années de cela, après un refroidissement hivernal intense, une pneumonie a failli me faire faire mon ultime voyage. Après 16 jours de forte fièvre, d’antibiotiques et de «claping», je croyais bien que ça y était... j’étais au plus mal. Puis, j’ai soudain eu une étrange sensation tout au fond de moi, un appel au secours, ma petite voix intérieure me disait : «KoKo, tu n’as encore rien vu, rien vécu… il te reste tant à faire et à voir. Maintenant, tu vas vivre avant de mourir!».
Il ne m’en fallait pas plus pour que je m’envole, trois semaines plus tard avec ma cousine Johane et ma sœur Lison, sur une longue plage de sable noir du Costa Rica. Miraculeusement, le soleil ardent et l’air salin de la mer, mêlés à la chaleur humide, me faisaient le plus grand bien.
Dans ce pays de quiétude qu’est le Costa Rica, les fenêtres n’ont nul besoin de carreaux, et par elles nous pouvions épier la harde de chevaux sauvages qui, dans un sourd vacarme de sabots, galopaient vers l’océan qui miroitait des plus jolis couchers de soleil que j’ai pu admirer. Et que dire de ces nuits étoilées de milliards de diamants… Qu’il s’agisse d’affronter les vigoureuses vagues, assise dans mon fauteuil manuel, de visiter une abondante palmeraie, de monter sur les hautes montagnes de plantation de café en bus ou tout simplement de prendre un bain de soleil, les pieds dans le Pacifique… j’ai tout simplement adoré!
Après cette cure miraculeuse, j’ai cessé de dire : « J’aimerais… », « je voudrais… », « si je pouvais… », « un jour… », « plus tard… », « je rêve de… »… Je préfère maintenant regretter ce que j’ai fait que de regretter ce que je n’ai pas fait.
Et croyez-le ou non, c’est ainsi que je suis devenue conseillère en voyages, métier que j’ai pratiqué une dizaine d’années. Une conseillère pour tous, certes, mais aussi spécialisée pour les personnes à mobilité restreinte. J’ai ressenti un tel bonheur à voyager, découvrir, explorer qu’il me fallait partager avec vous tous, vous faire connaître ce grand ravissement.
Étant moi-même en fauteuil motorisé et ne pouvant aucunement voyager seule sans préposée (à cause de la sévérité de mon handicap), j’ai dû faire face à de nombreux problèmes au cours de mes escapades, antillaises ou autres. C’est bien vite que j’ai réalisé que les agents de voyages conventionnels manquaient de connaissances face aux besoins des voyageurs à mobilité restreinte, car il s’agit de « cas par cas ». Heureusement, avec une population vieillissante, les agents de voyages ont acquit depuis, les compétences nécessaires afin de vous éviter ces mauvaises surprises qui peuvent totalement gâcher vos vacances.
Malgré tout, ce que je croyais impossible s’est révélé pour moi une brûlante passion. J’ai dès lors appris à changer mes priorités en fonction de ce que je désirais plus que tout : visiter le monde. Outre les problèmes engendrés par mes restrictions physiques, jamais je n’aurais cru avoir les moyens financiers de voyager, mais j’ai vite réalisé que ce n’était qu’une question de priorité et de planification. Par exemple, en économisant environ 25 $ par semaine pendant une année, on peut passer une magnifique semaine ou deux à Cuba, en République Dominicaine ou au Mexique, ou encore faire une croisière de sept jours, dans les Antilles. Certaines personnes, elles, trouvent plus facile d’emprunter le montant nécessaire et de le remettre en plusieurs versements. Aucune de ces méthodes n’est meilleure ou pire que l’autre, le but étant le même : faire le plus beau des voyages.
Parmi tous les voyages, tours et excursions que j’ai vécu depuis ces 12 années d’enchantement, je n’ai qu’un seul regret… c’est de ne pas m’être réveillée avant mes 36 ans, afin de réaliser mon rêve. Peu importe votre âge, votre limitation physique ou votre situation financière… il n’est jamais trop tard pour s’évader de la routine et exaucer vos rêves les plus fous... les plus beaux !
Dans les prochaines parutions, je vous raconterai plus en détail mes expériences en débutant par le Costa Rica.
En passant, j’aimerais souligner pour ceux qui ne seraient pas au courant, que les prestataires du revenu garanti de Travail Québec ont le droit de s’absenter un mois pas année. Aussi, sachez que votre fauteuil roulant, quadriporteur ou autre orthèse est transporté gratuitement en avion car ils font parti de vos besoins spéciaux.
Alors, si comme moi vous brûlez d’envie de partir ou de repartir vous dorer au soleil, vous balader en Europe, vous dépayser en Asie, de faire une croisière en Alaska ou ailleurs… Faites-le!… Du nord au sud, d’est en ouest… Un monde s’ouvre à vous !
Les conseils de KoKo
Les démarches concernant l’obtention d’un passeport peuvent s’effectuer au Bureau des passeports, aux comptoirs postaux ou depuis peu, en ligne
www.ppt.gc.ca
Renseignez-vous au préalable sur l’accessibilité, aéroport, avion, taxis, etc. et la façon de procéder pour la navette et les transferts.
Dégonflez les pneus du fauteuil ou quadriporteur avant le décollage. Gardez la pompe dans le bagage à main.
N’ayez pas peur de demander des accessoires pour assurer votre confort et votre sécurité dans l’avion ou à l’hôtel.