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La phobie de l'âge

André Perreault par André Perreault
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Article mis en ligne le 4 mai 2008 à 21:50
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La phobie de l'âge
Le plus bel âge est celui de cette gamine, plus Germaine que Monique, l'âge où seul le moment présent permet d'imaginer et de vivre les plus beaux rêves de l'instant immédiat, seconde après seconde, sans entrave du passé ou du futur. Je vous l'ai prénommée et décrite, pouvez-vous la nommer?
La phobie de l'âge
Prendre de l’âge fait peur alors que l’on devrait s’en réjouir. La chronologie des âges se résume à l’âge que l’on souhaiterait avoir, à l’âge que l’on a vraiment, à l’âge qu’on ne paraît pas avoir enfin à l’âge que l’on se défend bien d’avoir déjà atteint.
L’âge de pierre de l’humanité est bien révolu mais l’âge caché d’un être humain est bien vivant. Dans une prose plus poétique, on reconnaît qu’il y a l’âge légal, la fleur de l’âge, l’âge des illusions, l’âge de la désillusion, l’âge de la maturité, l’âge de ses artères, l’âge de son cœur, l’âge des rêves ambitieux, l’âge des rêves brisés. Tous ces âges pré-cités peuvent se manifester à n’importe quel âge de notre vie.

La maturité de l’être n’a pas d’âge et vouloir la définir selon l’âge, c’est comme vouloir estimer un livre en fonction de sa seule reliure ou de son nombre de pages. Il n’y a pas d’âge idéal, si ce n’est nos trente ans, âge où l’on peut aller assez vite pour essouffler les vieux, et assez lentement pour exaspérer les jeunes. Il faut convenir que tous les âges ont leurs avantages, leurs contrariétés, leurs limites, leurs sommets, leurs besoins, leurs exigeances. À l’âge de la jeunesse, on veut changer le monde; à l’âge de la vieillesse, on veut changer les jeunes.

À l’âge du bébé naissant, on a à lui offrir qu’un lit d’endettement humanitaire, ce qui pourrait bien expliquer les pleurs du nouveau-né. L’homme d’âge mûr se donne une très grande maison pour une très petite famille souvent brisée. Heureuses sont les femmes âgées qui n’ont plus à s’en faire pour leur âge depuis qu’elles ont constaté que les hommes sont devenus fous des vieilles voitures. Seule l’éducation peut trahir l’âge de l’individu en cette époque où la misère des riches voisine la richesse des pauvres.

L’or des aînés n’a rien de matériel, c’est l’art de se vivre avec prudence et sagesse malgré l’isolement. L’imprudence est un luxe que les gens se payent de moins en moins avec l’âge. Comme dans l’arche de Noé, les vieux sages se construisent avec leur imaginaire et leurs souvenirs des sous-marins d’évasion ne se méfiant malheureusement pas assez des marins saouls et exploiteurs qui veulent monter à bord. Avec un brin de liberté et d’autonomie, on peut vivre sa jeunesse à n’importe quel âge…
L'âge qui intimide
On a tous un jour ou l’autre été forcé par le temps de changer de décennie avec les inconforts psychologiques qui s’y rattachent. Lors de son 63ième anniversaire de naissance, feu mon paternel se présenta à ses invités les cheveux d’un brun d’âge mûr qui cachait toute trace de l’accumulation des années. Vieillir pour lui était la suprême trahison de la vie.
En bavardant avec lui, je lui fis la remarque suivante en ces termes: «Pa, sais-tu que ton petit-fils Bryan n’aura jamais connu ce qu’est un vrai grand-père. Alors que ta chevelure est d’un brun uni, étant personnellement 29 ans ton puîné, j’arbore déjà tant de cheveux blancs et gris comme dans une savane plantée d’arbres dispersés». Deux mois plus tard, le grand-père de Bryan, Georges le faux brun, se montra avec une crinière de sagesse, toute blanche, fier de l’image qu’il projetait mais qu’il avait combattue comme du chiendent pendant tant d’années. Il venait de se délivrer de cette mascarade qui lui procurait un sentiment de pseudo-jeunesse. Un an plus tard, il m’avoua préférer être un aîné bien dans son vieillissement que de paraître ce qu’il n’était plus.

Tout récemment, fin avril, mon fils Bryan qui aura 40 ans début juin qui vient, m’a bien mis au fait qu’on pouvait pour une dernière fois célébrer son anniversaire de naissance. Après quoi, il faudra oublier de fêter cet événement, d’année en année plus accablant que réjouissant à ses yeux. Ses motivations ne m’ont pas été dévoilées…

Quant à moi, la brutale prise de conscience de mon 65e le 13 mai, avec le cadeau gouvernemental du chèque de pensionné de l’état m’a foutu une vive émotion du type indigeste. Pour me consoler, le Général MacArthur vient à ma rescousse en m’interpelant ainsi: «La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, une intensité émotive, une victoire du courage et du goût de l’aventure sur l’amour du confort. Jeune est celui qui s’étonne et qui s’émerveille. On devient vieux uniquement parce qu’on a déserté son idéal. Vous êtes aussi jeune que votre foi, votre confiance en vous-même et votre espoir. Vous êtes aussi vieux que vos doutes, vos craintes, vos préoccupations et votre abattement.»

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