À la retraite, le couple Sylvie et Claude Poulin, deux êtres d’une grande spiritualité en profiteront pour échanger sans pression d’un toi à l’autre, de toit en toit.
Il s'échappe de la prison par le toit
Il y a de ces travaux, de ces métiers, de ces professions qui sont pure vocation, qui exigent des âmes bien trempées aux nerfs sans défaillance et qui requièrent une compassion quasi angélique.
Comment conserver le moral, l’équilibre, l’harmonie et la joie de vivre lorsqu’on consacre sa vie au monde de la criminologie comme agent de probation? Le monde carcéral est fait d’exigence et de complexité, de compromis et de rigueur, de rudesse et de souplesse.
À travers le phénomène de la semaine, Claude Poulin, nous voulons rendre un hommage à tous ceux et celles qui tirent leur pain quotidien en baignant et surnageant dans cet univers de punitions et de corrections judiciarisées. Claude est un charmant quinquagénaire, originaire et résident de Shawinigan, détenteur d’un baccalauréat en Criminologie de l’Université de Montréal qui œuvre en milieu carcéral, ouvert et fermé, depuis plus de 31 ans. Il est à l’origine du développement des bureaux de probation de Shawinigan et de La Tuque.
Pour s'évader de ton travail
La plus belle évasion que Claude peut s’offrir est d’abord sa vie de couple avec sa ravissante Sylvie. Ensemble, ils sont unis et heureux. Ce qui cimente leur vie à deux, c’est une grande spiritualité qu’il partage au quotidien. « Nous ne sommes pas des êtres religieux mais spirituels », diront-ils d’un commun accord. «À nos yeux, les hommes vénèrent davantage la création que le Créateur, il est inexcusable pour l’être humain de nier le Créateur devant l’ampleur des si merveilleuses créations qu’on ne cesse de découvrir jour après jour. Pour nous, la mort n’est qu’un sommeil car l’homme ne veut pas cesser de vivre, il veut cesser de souffrir.»
Pour Claude, la prison n’a pas lieu d’être uniquement punitive. Ce ne doit pas être un stationnement déshumanisant plus ou moins prolongé pour mieux orienter et planifier les futurs mauvais coups. Il faut que cet endroit axe l’essentiel des programmes proposés sur la réinsertion sociale. Dans un encadrement purement punitif, le prisonnier devient une petite bombe à l’intérieur de lui-même qui peut éclater sans avertissement en blessant corps et âme ses semblables et ses proches.
Pour Claude, un bon agent de probation se doit d’être sensible à la misère humaine. Toutefois, la soulager ne veut pas dire la cautionner, proclame-t-il!... Le secret de l’intervenant en milieu carcéral qui y fait carrière se résume à un seul mot à deux volets : respecter les détenus et se faire respecter d’eux. Si tu respectes les autres dans la droiture et l’équité ils te respecteront. De même si tu les méprises, la réplique sera cinglante, de conclure l’agent de probation qui se prépare à déserter non pas son idéal de vie d’éventuel retraité mais son actuel emploi où il a su faire cheminer autrui et se développer lui-même avec enthousiasme, rigueur, humanisme et sagesse d’intervention.
Il s'enfuira, par pression, par les toits
Claude Poulin disparaîtra de la circulation du monde carcéral pour y prendre une retraite bien méritée au plus tard en février 2009. En compagnie de sa grande complice de vie Sylvie, il se recyclera dans le nettoyage sous pression des toitures de nos maisons. «Avec ce hobby, nous ne voulons pas gagner notre vie mais demeurer actifs et nous sentir utiles à la société», avoueront-ils. Avec humour, Claude dira: «Sous toutes les pressions atmosphériques, ce travail à pression d’eau savonneuse écologique sur les toits sera bien différent du travail sous pression entre les murs et qui me faisait trop souvent monter la pression artérielle.» Quel changement en douceur dans la continuité!...
En conclusion, Claude affirmera que la prison peut sembler être temporairement un bon parapluie mais ne sera jamais un bon toit pour tout individu. Claude chuchota à l’oreille de Sylvie ces mots de tendresse: «Jadis durant la journée, je pensais à toi. À la retraite, la journée durant nous vivrons heureux sous le même toit et pour nous amuser nous penserons à toit. Durant les opérations de notre hobby, tu actionneras au sol le compresseur devenant ainsi mon agent de liaison.» Sylvie lui répliqua: «Sur les toits du monde, ton Mont-Everest de vertige, émerveille-toit. La nuit venue, lors du repos, n’en profite pas pour tirer les couvertures.»