«Si tu ne gères pas les problèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent, c'est là qu'il y a un risque que ça explose en fin d'année», raconte Marie Labrecque-Duchesneau.
Le travail avant les émotions
Le problème numéro 1 des agriculteurs
Si on parle tant de détresse psychologique chez les agriculteurs depuis quelques années, c'est beaucoup à cause de Marie Labrecque-Duchesneau qui a sonné l'alarme sur le sujet.
Intervenante psychosociale dans la région de la Montérégie, sa clientèle est exclusivement composée de producteurs agricoles. «Gérer une ferme, c'est du 7 jours sur 7, raconte-t-elle en entrevue téléphonique à L'Hebdo. Comme toute entreprise, il faut que les revenus arrivent avec les dépenses. Et puis, comme tu travailles avec du vivant, les prévisions ne sont pas faciles à faire et ça, ça amène des inquiétudes.»
Mme Labrecque-Duchesneau remarque que chez les agriculteurs qu'elle rencontre, le travail passe souvent avant les émotions. «Ils vivent les mêmes problèmes que vous et moi mais dans le rang quelquefois, les situations problématiques sont vécues plus isolément.»
Femme au franc parlé et au langage coloré, elle affirme que la plus grande maîtresse d'un producteur agricole, c'est son entreprise. «Il n'a pas besoin d'une autre femme. Son entreprise prend toute la place!» C'est pourquoi dans ses rencontres avec les couples, elle rappelle souvent qu'il faut que ce soit eux qui mènent leur entreprise, et non le contraire. «Si pour arriver à tout faire le travail, tu dois te lever à 4h du matin et finir ta journée à 8h du soir, c'est elle qui te mène!»
Bien qu'elle travaille dans un bureau, Marie Labrecque-Duchesneau a grandi sur une ferme et connaît donc bien cette réalité. «Les agriculteurs à l'époque de mon père avaient eux aussi leurs difficultés, mais la façon de les voir et de les aborder était différente. Ce qu'il y a de changé aujourd'hui, c'est qu'on ne se donne pas de temps à soi.»
C'est aussi vrai des mentalités qui ne sont les mêmes. Les repères ont changé. «Il y a 40 ans, un agriculteur qui avait de mauvaises récoltes ou des animaux malades se disait que Dieu voulait lui envoyer des épreuves. En affrontant ces difficultés, il achetait des parts du ciel. Psychologiquement parlant, ces gens-là se faisaient du bien en pensant de cette façon.»
L'intervenante psychosociale constate que la nouvelle génération d'agriculteurs affiche une nouvelle façon de penser. «Les jeunes de vingt ans parlent beaucoup plus de qualité de vie qu'il y a dix ou quinze ans seulement. Ils veulent se garder du temps pour les loisirs mais du même coup, ça provoque des conflits dans les familles. Leurs parents sont souvent mécontents en disant qu'ils n'en ont jamais eu eux dans leur temps.»
Si Marie Labrecque-Duchesneau avait un conseil à donner aux agriculteurs, ce serait justement de donner de la place à ces jeunes qui sont très bien formés et qui ne demandent qu'à voler de leurs propres ailes. «Le problème bien souvent, c'est qu'ils se retrouvent à 40 ans et ils ont 20% des parts de la ferme. Ça fait bien souvent l'affaire des parents d'avoir un homme fort dans la maison mais ils oublient que ce gars-là avait un rêve lorsqu'il avait 20 ans», conclut-elle.