Pour André Beaudoin, de Saint-Séverin, «La plus grande lacune du néolibéralisme, est son incapacité à répartir adéquatement la richesse.»
Souveraineté alimentaire et gestion de l'offre, même combat
André Beaudoin est secrétaire général à l'Union des producteurs agricoles section Développement international (UPA DI). Sa mission: travailler au développement des politiques agricoles de pays en développement, notamment ceux de l'Afrique de l'Ouest.
Riche d'une expérience de quinze années dans le domaine, M. Beaudoin peut prétendre à une certaine expertise. Expertise orientée principalement vers des politiques favorisant la souveraineté alimentaire.
Un concept difficilement conciliable avec l'idéologie prônée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) lors des récentes négociations à Hong Kong. Idéologie répondant à une logique néolibéraliste favorable à une ouverture des marchés agricoles au commerce international.
Une stratégie qui, selon M. Beaudoin, est contraire au concept même de souveraineté alimentaire. «La souveraineté alimentaire, loin de plaider l'autosuffisance, souhaite plutôt donner à chaque pays le soin de choisir librement le type d'agriculture qu'il entend privilégier».
Le postulat de base de la souveraineté alimentaire repose, d'après le permanent à l'UPA DI, sur le fait que l'agriculture doit absolument être définie comme une activité économique différente des autres. Une fois qu'on a compris cela, on ne peut appliquer à l'agriculture les mêmes règles commerciales que celles appliquées aux autres produits de consommation. Ça prend alors un autre mécanisme pour régir ce secteur particulier de l'économie. Pour André Beaudoin, ce mécanisme économique, c'est la gestion de l'offre. La gestion de l'offre dont l'objectif est, à son avis, «de permettre à chaque pays de pratiquer une agriculture durable basée sur la demande intérieure».
Au Québec, la gestion de l'offre existe depuis bientôt 40 ans. Elle a depuis «fait ses preuves», de lancer M. Beaudoin. «Si jadis de nombreux pays comme l'Afrique, la Grande-Bretagne, la Belgique, le Japon etc., avaient recours à la gestion de l'offre, ce n'est plus le cas aujourd'hui. En effet, au moment où on se parle, seul le Canada persiste et signe dans ce domaine, ailleurs tout a été démantelé», de s'indigner celui qui partage son temps entre son bureau de Longueuil et sa maison de campagne de Saint-Séverin.
Ayant fait de la gestion de l'offre son principal cheval de bataille, André Beaudoin s'efforce aujourd'hui de la défendre du mieux qu'il peut. Quoi qu'il en soit, il garde espoir de voir, un jour, la gestion de l'offre reprendre sa place dans la balance.
Lacunes du néolibéralisme
Selon André Beaudoin: «La plus grande lacune du néolibéralisme, est son incapacité à répartir adéquatement la richesse. Conséquence: les agriculteurs du monde entier vivent présentement une crise du revenu sans précédent. Autre lacune: Si on laisse aller les choses, l'agriculture connaîtra, d'ici peu, le même sort que la forêt et les pêcheries qui souffrent, actuellement, d'un épuisement chronique de la ressource. Plus on va pousser la logique néolibéraliste et plus on va mettre en péril la pérennité de nos ressources naturelles. Enfin, la libéralisation des marchés a pour conséquence de concentrer la production autour des grands centres ce qui entraîne la déstructuration de nos régions. La souveraineté alimentaire réussit, quant à elle, à mieux répartir la richesse. Du producteur au consommateur en passant par le transformateur, chacun y trouve son compte. De plus, elle est soucieuse des paramètres sociaux et environnementaux et veille à les protéger.»
Avant de conclure la discussion, M. Beaudoin tient à citer ces deux statistiques: Primo, moins de 10% des produits alimentaires cultivés dans le monde sont destinés au marché international. Secundo, 70% des aliments sont cultivés à moins de 50 kilomètres de leur lieu de consommation. Ce qui lui fait dire que les produits agricoles visés par la libéralisation des marchés demeurent, somme toute, marginaux.