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Ottawa mettra fin à une pratique condamnée par des organismes de coopération

Presse Canadienne Article mis en ligne le 30 septembre 2008 à 23:00
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MONTREAL - Le gouvernement fédéral mettra fin à une pratique condamnée depuis des décennies par des organismes d'aide internationale.
La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a annoncé récemment l'abandon progressif du principe de l'"aide liée", qui force les pays en développement bénéficiaires du financement canadien à acheter en retour leurs biens et services au Canada.
La décision touche les 1,5 milliard $ consacrés par le Canada à l'aide bilatérale et sera pleinement effective d'ici à 2012-2013. Actuellement, 40 pour cent de cette enveloppe est assujettie à l'aide liée, a confirmé, mercredi, une porte-parole de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).
De nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) demandaient la fin de cette politique qui incite au gaspillage et qui profite surtout aux pays donateurs.
Selon le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), qui représente une centaine d'organismes, l'aide liée entraîne des coûts de 25 à 30 pour cent plus élevés. De l'avis du directeur à la sensibilisation d'Ingénieurs sans frontières Canada, Danny Howard, grâce au déliement de l'aide, de 90 à 180 millions $ de l'enveloppe déjà existante pourront être investis directement sur le terrain.
A l'origine, l'aide liée visait à faire accepter plus facilement aux électeurs des pays donateurs l'assistance financière aux pays pauvres, puisqu'elle assurait des retombées locales, au dire du président du CCCI, Gerry Barr.
Toutefois, à ses yeux, l'aide liée représente "le pire des deux mondes": d'une part, les élus n'obtiennent pas d'appuis supplémentaires dans leur pays, en raison des retombées trop modestes, et d'autre part, dans le pays pauvre, le rendement de l'aide est fortement affecté.
"On rend le dollar investi beaucoup moins efficace", a-t-il commenté, dans une entrevue téléphonique à La Presse Canadienne, mercredi, en précisant que son organisme réclamait la renonciation à l'aide liée "depuis des décennies".
"Certains de nos partenaires qui reçoivent des fonds de différents pays, entre autres du Canada, peuvent témoigner des conséquences malheureusement néfastes de l'aide liée, surtout en ce qui a trait au budget et à la logistique des projets", a commenté la coordonnatrice du développement des sections universitaires pour Ingénieurs sans frontières Canada, Catherine Dorval, de retour de 18 mois d'engagement en Afrique de l'Ouest.
L'aide liée limite les possibilités, a-t-elle poursuivi dans un entretien téléphonique, parce que les décisions sont souvent prises seulement en fonction du budget "et non en fonction de ce qui est le plus bénéfique pour les gens pour lesquels on travaille".
Par exemple, si le Canada accordait une aide liée de 100 millions $ pour juguler une famine en Ethiopie, il fallait acheter du blé canadien, au prix coûtant du marché canadien, et l'acheminer par bateau jusqu'en Afrique, avec les frais inhérents, a évoqué le directeur du service du programme international de l'organisme caritatif Développement et Paix, Gilio Brunelli.
"Ce n'est pas méchant en soi (...), mais on valorise d'abord l'économie canadienne", a-t-il suggéré dans une entrevue mercredi après-midi. Si l'aide est déliée, les 100 millions $ pourront servir à acheter du blé dans un pays limitrophe à un coût de revient largement inférieur.
"C'est fascinant, on est énormément plus efficace, avec le même dollar investi on peut acheter deux ou trois fois plus", a assuré M. Brunelli.
Gerry Barr estime par ailleurs que l'abandon de l'aide liée fait du Canada un "chef de file" en coopération internationale. Car même si elle est décriée de toutes parts, l'aide liée est pratique courante dans la plupart des pays donateurs, à des degrés divers.
Le Canada s'est en effet attiré la sympathie de beaucoup de pays pauvres, a rappelé M. Brunelli, en effectuant son annonce en septembre lors d'une rencontre internationale à Accra, au Ghana,
"L'aide liée entachait cette marque de transparence et de bonne qualité du travail du Canada, a-t-il ajouté. (Son abandon) nous donne une plus grande autorité morale pour faire pression sur deux grands joueurs qui n'acceptent pas de délier leur aide, les Etats-Unis et le Japon."
En 2000, par l'entremise de l'ACDI, le fédéral a accordé près de 1 milliard $ US à des pays en développement, dont les trois quarts devaient être réinvestis en achats de biens et services au Canada. En 2003, la proportion de l'aide liée avait réduite à la moitié de l'aide totale accordée.
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