MONTREAL - La Gendarmerie royale du Canada (GRC) n'a pas interrogé Julie Couillard à propos des allégations de trafic d'influence dont elle fait l'objet, a affirmé mercredi l'ancienne conjointe de l'ex-ministre Maxime Bernier.
"Je tiens à dire que la GRC n'a pas communiqué avec moi", a déclaré Mme Couillard au cours d'une entrevue accordée dans une suite d'hôtel pour faire la promotion de son autobiographie, "Mon histoire", qui paraîtra lundi aux Editions de l'Homme.
Quand on lui a demandé si elle pensait que la police fédérale allait la contacter, elle a répondu: "possiblement". La femme de 39 ans a néanmoins réitéré qu'à ses yeux, elle n'avait rien à se reprocher dans le travail de démarchage qu'elle a effectué pour la firme immobilière Kevlar auprès des autorités fédérales.
Cette entreprise a retenu les services de Julie Couillard après avoir appris que celle-ci connaissait Bernard Côté, un employé de Michael Fortier alors que ce dernier était ministre des Travaux publics, le ministère responsables des contrats immobiliers. Kevlar cherchait à vendre au gouvernement un terrain destiné à la construction d'un édifice fédéral à Québec.
Julie Couillard a parlé de ce dossier à M. Bernier, mais soutient que cette confidence a plutôt eu pour effet d'écarter Kevlar du processus d'appel d'offres.
La police fédérale a interrogé à ce sujet une adjointe parlementaire de Maxime Bernier, Renée Farrell, de même que son ancien chauffeur, a rapporté le journal la semaine dernière.
Mme Couillard a par ailleurs reconnu mercredi qu'elle avait discuté avec M. Côté de la possibilité que sa mère, Diane Bellemare, obtienne un poste aux conseils arbitraux de l'assurance-emploi. Elle n'y voit rien de mal, soutenant que de tels emplois à temps partiel sont habituellement réservés à des sympathisants du parti au pouvoir.
"On m'a dit qu'il y avait un besoin dans ce poste-là et Bernard avait rencontré ma mère, a relaté Julie Couillard. Il m'a dit: penses-tu que ça serait de quoi qui l'intéresserait?"
Mme Couillard ne se scandalise pas plus que Maxime Bernier lui ait offert, alors qu'il était ministre, un poste de commissaire à l'immigration. "Ce sont des jobs partisanes", a-t-elle martelé, en réfutant l'idée que les conservateurs puissent recourir davantage à cette pratique que les libéraux.
Pas surprise
D'autre part, la réaction acrimonieuse de M. Bernier à son livre ne l'a pas surprise.
"Il essaie de discréditer, de me ridiculiser, (...) de me faire passer pour une frustrée, a-t-elle déploré. (...) C'est enrageant qu'il ait le culot de maintenir la même position (que lors de l'éclatement du scandale, au printemps)."
Julie Couillard n'a toujours pas digéré que son ancien conjoint ne se soit pas porté à sa défense. "C'est comme s'il endossait toutes les saloperies et tous les mensonges qu'on a écrits sur moi", a-t-elle estimé.
Malgré ses charges vitrioliques à l'encontre de Maxime Bernier, Mme Couillard jure que le but de son livre "n'était pas de nuire à personne, mais bien de rétablir les faits et ma crédibilité".
"Je suis beaucoup plus douce avec lui dans les faits que je rapporte sur lui que ce que lui a endossé sur ma personne", a-t-elle soutenu.
Il ne s'agit pas non plus de "descendre le Parti conservateur", même si Julie Couillard admet qu'elle n'est pas d'accord avec certains de ses "principes politiques".
"Je ne pouvais pas dire la vérité sur Maxime sans qu'effectivement il y ait des retombées pour le parti auquel il est rattaché", a-t-elle néanmoins convenu.
Crédibilité
La femme sait bien que l'"affaire Bernier-Couillard" se résume maintenant à un combat d'opinion publique entre elle et le député sortant de Beauce.
"Je suis consciente qu'il y a des gens qui ne me croiront pas, a-t-elle reconnu. Tout ce que je pouvais faire, c'est de publier ma vérité. (...) Les gens qui auront l'ouverture d'esprit de voir l'autre côté de la médaille, eh bien au moins ils auront la chance de faire leur propre discernement."
De sa fréquentation des hautes sphères du pouvoir, Julie Couillard est ressortie profondément déçue. "Je suis complètement désabusée de la machine politique au Canada", a-t-elle lâché.
"Je ne ressortirai plus jamais avec un politicien. (...) C'est un monde de paraître, c'est un monde qui n'est pas vrai, qui n'est pas sincère et qui, à mon sens, manque de profondeur humaine malgré le fait qu'ils sont supposés d'être élus par le peuple, pour le peuple."
Pour l'instant, elle n'a l'intention d'appuyer aucun parti politique. Mais elle ira tout de même voter le 14 octobre, "ne serait-ce que pour annuler mon vote et être sûre que personne ne va le prendre".
Son avenir immédiat l'inquiète au plus haut point. Elle ne travaille plus depuis cinq mois. "Ce que j'ai mis 15 ans à monter, c'est comme si on l'avait pris et qu'on l'avait foutu dans le feu, a confié la femme d'affaires. Il faut que je me réinvente."
L'horizon n'est pas plus joyeux du côté sentimental.
"Il n'y a personne dans ma vie et je vous dirais que dans un futur rapproché, c'est un petit peu difficile pour moi d'imaginer un homme sain d'esprit qui va être intéressé de se coller à la Julie Couillard qu'on dépeint dans les journaux. Pauvre gars, il va avoir peur!"
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