En s’éloignant du micro, une fois les applaudissements terminés, elle s’est rappelé le conseil de ses stratèges : « Faites davantage appel au monde ordinaire »
Alors Marois est revenue en vitesse au lutrin pour annoncer qu’elle avait une devise pour sa campagne.
« Je pars pour la Coupe » a-t-elle crié en haussant le bras en signe de victoire.
Son auditoire a éclaté de rire. Pauline surprenait.
Heureusement personne ne lui a demandé « Quelle coupe, Madame Marois? Stanley ou Grey?»
Ses partisans comprenaient bien son effort.
Au fond de la salle un militant a chuchoté à son collègue
«Moi, je m’en vais pour une coupe de vin »
Marois se doit de se rapprocher du peuple. Qu’elle parle d’économie. Oui. Elle est une ancienne ministre des finances. Mais elle doit toujours faire un lien à la famille.
Les Québécois connaissent tous très bien les garderies à 5 $ par jour du PQ. C’est une marque de commerce. Marois, mère de quatre enfants, doit s’en servir. « Protégeons la famille »
Jean Charest est dans une situation différente. Il est déjà au pouvoir. Il n’est pas reconnu pour ses garderies. L’économie est sont fort.
Lorsque les temps sont difficiles, le peuple cherche des leaders forts qui peuvent les sécuriser.
Charest doit projeter cette image d’un homme en contrôle de la situation.
Il doit être à la fois rassurant et imaginatif et posséder une vision québécoise pour les années à venir.
Il doit non seulement expliquer clairement ce qu’il a l’intention de faire, mais aussi démontrer de l’empathie pour ceux qui souffrent.
Le slogan à Charest « L’Économie d’abord » est piteux. Quelle poule a pondu ça? Il en faudra un autre.
Bien mieux quelque chose qui engage l’électorat comme « Protégeons le Québec ensemble » Voilà un slogan qui montre qu’on reconnaît qu’il y a un problème, mais surtout qu’on est prêt à le corriger, et on doit le faire ensemble. Le ton est rassembleur.
Charest n’a pas le contrôle des leviers publics de banques, de la bourse, ni des marchés financiers. Personne ne les a, sauf les banques, la bourse et les marchés financiers.
Le modèle idéal, si Jean Charest a besoin d’inspiration, c’est Jean Lesage. Sans la vision Lesage on serait toujours à la remorque des compagnies privées d’électricité.
Mais rien n’empêche Charest de se tenir debout devant le fédéral, du moins, mieux qu’il l’a fait la semaine dernière.
Il n’a pas à craindre Stephen Harper. Il a d’autres chats à fouetter.
Mario Dumont doit tout faire pour sauver les meubles de la classe moyenne. À 14 pour cent dans les sondages, il n’a pas de choix.
Il doit mener une lutte aussi acharnée et négative que possible et constamment attaquer les deux vieux partis, espérant ranimer la grogne généralisée de la dernière élection.
Chaque candidat adéquiste doit faire sa propre campagne et prendre ses propres engagements régionaux, même au risque de contredire un confrère. Quand la maison en en feu, c’est chacun pour soi.
L’ADQ doit oublier l’accommodement raisonnable. La rengaine est fatiguée. Les Québécois en ont soupé. Maintenant ils ont la tête ailleurs. Ils s’inquiètent de la crise économique et veulent protéger leurs familles. C’est là qui sont les votes.
La population exige une intervention musclée du gouvernement; elle ne veut plus des grands débats philosophiques par des économistes fatigants sur les mérites de l’entreprise privée ou de la droite et la gauche.
Parlez des files d’attente dans les salles d’urgence, des pénuries de médecins, d’infirmières, du manque d’enseignants dans les écoles. Parlez de bâtir plus d’hôpitaux, pas de vendre ceux que nous avons.
L’ADQ commence loin derrière les deux autres partis avec pas beaucoup de chance à former le gouvernement, ni de rester comme l’Opposition officielle, mais une élection finit rarement là où elle commence. Demandez à Harper, toujours minoritaire à Ottawa.
Et avec tout cela, Charest pourrait lui aussi encore finir minoritaire.
Comme diront peut-être les chauffeurs d’autobus: «Avancez en arrière. »
Comment gagner ses élections !
Pauline Marois était de passage dans le Vieux Hull l’autre jour devant un auditoire fort sympathique qui l’a ovationné.
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